Chapitre deuxième

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L’étudiant


Marcel a fait ses premières classes, en cours préparatoire, à l’école Saint-Jean-Berchmans, située sur la rue Bordeaux, à l’angle de la rue Bellechasse. Il fait sa première communion le 15 avril 1931 à l’église Saint-Jean-Berchmans, sur le boulevard Rosemont, et y est confirmé par Mgr Rodrigue Villeneuve, qui allait devenir cardinal en 1933. Une fois déménagé sur la rue Fullum, après la mort de son grand-père, il fréquente, en 2e année, l’école Saint-François-Xavier. À partir de janvier 1932, il termine ses études primaires à l’école Saint-Louis-de-Gonzague, nouvellement construite, et située sur la terrasse Mercure. En 1933, son père est tellement malade qu’il doit habiter à Yamachiche, dans la maison de M. Doyon; il fréquente alors le Collège de Yamachiche, dirigé par les frères des Écoles chrétiennes. Il revient faire sa 4e année à l’école Saint-Louis-de-Gonzague et y côtoie le sculpteur Robert Roussil, le peintre Jean-Paul Riopelle, l’urbaniste Jean-Claude La Haye et Jean-Noël Croteau, qui, sous le nom d’artiste de Michel Noël, incarnera à la télévision le personnage du «Capitaine Bonhomme». Ses résultats scolaires n’ont rien d’exceptionnel. Il se classe généralement au 10e ou 11e rang sur 30 étudiants. Mais son comportement est toujours excellent. Le contexte familial ne l’aidait vraiment pas, comme l’illustre cette journée du 4 janvier 1935. Habituellement, Marcel montait deux à la fois les marches de l’escalier extérieur, si typique de l’architecture des maisons de Montréal. Cette fois, il les monte l’une après l’autre. Un mauvais pressentiment l’assaille. Devant la porte, il prend une grande respiration et cherche obstinément ses clés, comme s’il ne voulait pas vraiment les trouver. Une fois la porte entrouverte, un cri de détresse se fait entendre: «Marcel?... Marcel?» lui dit sa mère.

«Quoi?.... Quoi?» lui répond Marcel. «Ton père veut nous parler, c’est urgent.» Le jeune homme rejoint sa famille et s’approche de son père qui leur dit: «Je vous donne ma bénédiction; l’année prochaine ce sera votre mère qui vous la donnera.» Puis il s’éteint. L’émotion est alors trop forte. Marcel sort prendre une très longue marche dans la neige. Les images défilent aussi rapidement que ses pas. Les étés de Yamachiche... La patinoire du parc... Le cancer de la langue... La prothèse pour sa jambe... Comme il aurait voulu lui dire qu’il l’aimait!

À 13 ans, en 1936, il se met à transporter, sur la bicyclette rouge de son père, qui datait de 1915, des commandes pour la boucherie Central Meat Market, située à l’angle des rues Mont-Royal et Messier, et propriété de Sammy Marcovitch. Marcel reçoit alors 10 cents de l’heure, soit environ 1,30 $ par week-end.

En 1938, il entreprend sa 10e année à l’École supérieure Saint-Stanislas (E.S.S.S.), au 1200, Laurier Est, à l’angle de la rue Brébeuf. Il y termine sa douzième année en 1941, dans le peloton de tête, en obtenant la note de 483 sur 500, se classant ainsi premier de son école et deuxième de la commission scolaire. Un de ses camarades, Joseph-Louis Chamberland, deviendra maire de la Cité de Jacques-Cartier, de 1957 à 1960; un autre, Louis Laberge, deviendra président de la Fédération des travailleurs du Québec. Marcel garde de très bons souvenirs de cette institution où il fut d’ailleurs cadet pendant trois ans. Lors de sa graduation, en 1941, il fait signer son mouchoir aux frères Gratien-Raphaël, Damase et Donatien. Il y accole l’écusson de l’école aux couleurs du drapeau de la France et l’épinglette de son année de graduation.

Pendant son séjour à l’E.S.S.S., il occupe différents emplois. Son oncle Albert Larocque, époux de Fleurette Duquette, lui déniche un travail chez Desjardins Fourrures, à l’angle des rues Saint-Denis et Dorchester, aujourd’hui le boulevard René-Lévesque; il dactylographie la description des manteaux, les prix, les adresses des clients. Il occupe aussi brièvement un poste de pompiste à une station d’essence. Il s’initie à la comptabilité en travaillant à la succursale de la Banque canadienne nationale située au 334, rue Sainte-Catherine Est, près de la rue Saint-Denis; il y reçoit 416 $ pour une année de travail.

À l’automne 1941, il s’inscrit aux cours réguliers du soir à l’Université de Montréal et a la chance d’avoir Édouard Montpetit comme professeur. L’université est alors située sur la rue Saint-Denis, tout près de son employeur. Lors de son passage à l’université, il écrit un premier mémo qui révèle ses convictions nationalistes. Il fait en effet circuler une pétition incitant ses collègues à se joindre au cercle Ville-Marie et à oeuvrer à la mise sur pied d’un
mouvement favorable au développement d’une «saine théorie nationale... pour le plus grand bien de la race des Champlain et des Maisonneuve». Cette corde nationaliste ne cessera jamais de vibrer en lui. L’année suivante, il inaugure le nouvel immeuble de l’Université de Montréal, sur le Mont-Royal.

Ce début de lutte pour la sauvegarde et le développement de la culture française ne l’empêche pas de poursuivre son apprentissage de la langue anglaise. Il apprend à la mieux connaître lorsqu’il travaille pour W. Clark Ltd., une compagnie qui fait la mise en conserve des fèves au lard, sur la rue Amherst. Il prend simplement les commandes au téléphone. Finalement, il développe ses compétences en comptabilité lorsqu’il travaille, de 1942 à 1943, pour J. J. Joubert, au 4141, rue Saint-André, à 24 $ par semaine. Il y faitl’inventaire des bouteilles de lait, des oeufs, du beurre et de la crème glacée.

 

Galerie de photos

 

L'école Saint-Louis-de-Gonzague où Marcel fait ses études primaires

 

 

L'École supérieure Saint-Stanislas à son ouverture en 1932, Marcel la fréquente de 1938 à 1941.

 

 

L'Université de Montréal, du côté ouest de la rue Saint-Denis, entre les rues Saint-Catherine et de Maisonneuve, qu'il fréquenta en 1941-1942

 

 

L'Université de Montréal dans ses nouveaux locaux, sur la montagne. Il y étudie en 1942 et 1943, puis y obtient une licence en Sciences sociales, économiques et politiques, en 1947.

 



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