Chapitre onzième

Une erreur de parcours



Battu par lui-même


L’année 1972 est à oublier pour Marcel Robidas. Le conseiller Jacques Bouchard le convainc de faire le saut en politique fédérale.L’entrée de Claude Wagner au Parti conservateur permet certains espoirs; Marcel Robidas avait même rencontré le chef du parti, Robert Stanfield, au carnaval de Québec et l’avait trouvé fort sympathique. Le maire n’a pas d’organisation politique locale pour l’appuyer, mais il se lance dans la campagne électorale avec, croit-il, de bonnes chances de succès.

Les résultats sont catastrophiques: Jacques Olivier, du Parti libéral du Canada, récolte 22 129 votes; le créditiste Émile Vadeboncoeur, âgé de 82 ans, arrive en deuxième place avec 12 091 votes, alors que Marcel Robidas doit se contenter de 6 754 votes.

L’erreur stratégique est indéniable. Son épouse Renée ne se gêne d’ailleurs pas pour le lui faire savoir. Le moment était particulièrement mal choisi puisque les Longueuillois venaient de subir une augmentation de taxes de plus de 30 % qui avait suscité un tollé de protestations. Le maire s’était engagé, en 1969, à ne pas décréter d’augmentation de taxes au cours des deux années suivant la fusion. Or, l’Union nationale a perdu le pouvoir aux élections provinciales d’octobre 1970, et le gouvernement libéral de Robert Bourassa ne se sent pas lié par la promesse politique d’une contribution de deux millions de dollars. De plus, il a fallu intégrer au budget la dette entraînée par la construction du Colisée Jean-Béliveau. Le Colisée avait été construit par la firme Désourdy en vertu d’un règlement voté par le conseil municipal de la Cité de Jacques-Cartier; l’Association des propriétaires de Jacques-Cartier contesta la légalité d’une telle construction. Elle gagna sa cause devant les tribunaux mais le Colisée était alors construit. Il fallut donc payer cette construction, le paiement de la facture ayant été reporté, malgré une vaine tentative de couvrir cette dépense lors d’une assemblée du conseil municipal tenue le 20 mai 1970.

Commentant sa cuisante défaite au fédéral, M. Robidas livre à Adrien Berthiaume, un de ses amis qui travaille pour l’Unesco, ses états d’âme: «Tout le monde au Québec voulait se débarrasser des Trudeau-maniaques et c’est le contraire qui s’est produit. Les créditistes ont hérité des votes négatifs, les N. P. D. ont perdu du terrain et les conservateurs aussi. Au Canada, c’est nul, le parlement va s’ouvrir en janvier pour la forme et tous s’attendent à une nouvelle élection en juin 1973.» Léo Guilbeault, président de Chauffage de Luxe, tente de lui remonter le moral:

 


Il m’est extrêmement difficile d’analyser ta défaite de lundi dernier. Toutefois, il me semble que la population n’a pas compris le but de ta candidature et surtout ton désir de régler une fois pour toutes, ces différends fiscaux entre les juridictions fédérale et municipale.

D’un autre côté, je crois que ton ardeur au travail aura bientôt fait disparaître chez toi cette déception. La destinée en a voulu ainsi, mais je suis assuré que tu rebondiras bientôt.


M. Robidas demeure membre du Parti conservateur au moins jusqu’en 1974, même s’il appuie publiquement le Parti québécois dès 1973. Il aura donc été un partisan du Parti conservateur plus par accident que par conviction.

Les effets de la défaite du maire sur la scène fédérale se font sentir dès le lendemain des résultats de l’élection. Certains hauts fonctionnaires se plaignent qu’un climat de méfiance s’est installé entre eux et le maire. Quelques fonctionnaires prétendent même servir de boucs-émissaires pour la défaite du maire.

M. Robidas tire tout de même des leçons de cette défaite. Il voit bien que le vote du Parti québécois s’est porté du côté des créditistes lors de cette élection. Retrouvant son flair politique, il appuiera le P. Q. dès l’élection provinciale de 1973.

Il fait par ailleurs connaître, le 9 janvier 1973, au Palais de justice de Montréal, l’opposition unanime du conseil municipal de Longueuil à la volonté du gouvernement fédéral de scinder la circonscription de Longueuil en deux parties.

 

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