Cette décennie est certes la plus importante de l'histoire récente de Longueuil; c'est surtout à ce moment qu'est façonné son visage actuel. C'est l'époque de la Révolution tranquille à Longueuil comme partout ailleurs au Québec.

En 1958, la Municipalité a acquis, de la Corporation de disposition des biens de la Couronne, un assez vaste territoire en friche, au sud-est de la cité. En 1960, elle y aménage 9 rues et 4 parcs: c'est le Domaine de Normandie, premier développement domiciliaire de Longueuil dont l'aménagement a été entièrement planifié. C'est le beau quartier neuf, la petite «Collectivité nouvelle» du temps.

L'année 1961 marque l'entrée en scène d'un personnage qui aura une grande influence sur le développement de la municipalité durant les deux prochaines décennies: Marcel Robidas. Celui-ci est élu au conseil et il en fera partie d'abord comme échevin, puis comme maire, jusqu'en 1982, sauf pour une brève absence de 1963 à 1966. Un chapitre lui sera plus loin consacré.

L'année suivante, en 1962, ce sont les paliers supérieurs de gouvernement qui prennent des décisions de grand impact sur la vie des Longueuillois. Le gouvernement fédéral abolit enfin le péage sur le pont Jacques-Cartier, ce que Longueuil et les autres municipalités de la Rive-Sud demandaient depuis plus de deux décennies. Cette décision, augmentant la densité de la circulation sur le pont Jacques-Cartier, fait voir l'urgence de la construction d'un nouveau pont.

Et le gouvernement du Québec décide l'érection d'un premier centre hospitalier important, 350 lits, sur la Rive-Sud; toutefois l'hôpital Charles-LeMoyne ne sera pas situé à Longueuil, mais à Greenfield Park.

Avant la route 3 ou 132

Cette photo nous fait voir une grande partie des rives du fleuve, à Longueuil, à l’est de la rue Saint-Thomas. À l’arrière plan, à gauche, les débris du quai Saint-Alexandre construit en 1887 et abandonné en 1930.

Aujourd’hui, la belle serait assise assez exactement au milieu de l’autoroute 132.

Collection Jacqueline Caron, 1947.

La maison historique démolie suite à un référendum

On voit ici le presbytère construit en 1831 sur le site du manoir de Charles Le Moyne. Presbytère, maison d'école, les lieux sont ensuite occupés par Eugène Héroux qui y installe sa première usine, au sous-sol et dans le garage, à l'arrière.

Construite très près du chemin de Chambly, la maison aurait fait saillie une fois le chemin élargi; aussi, les propriétaires de Longueuil votent-ils sa démolition lors d'un référendum, au grand dam des citoyens soucieux du patrimoine bâti dont le projet de transformer le bâtiment en un musée était déjà très avancé.

La maison est démolie en 1958. En 1963, ce sera au tour du magnifique bureau de poste que l'on voit à l'arrière. Longueuil se modernisait!

Photo de Photo Artiste Longueuil, Collection Société historique du Marigot.

Le centre culturel Jacques-Ferron

Le centre du carré Isidore-Hurteau était autrefois occupé par un modeste kiosque à musique; aujourd'hui on y voit un édifice moins discret, mais néanmoins plutôt beau, le centre culturel Jacques-Ferron.

Contenant la première bibliothèque publique moderne de Longueuil et plusieurs salles pour des ateliers divers, il est inauguré en 1967; vingt ans plus tard, on lui donne le nom de Jacques Ferron, célèbre médecin, pamphlétaire et écrivain, ardent défenseur de la municipalité de Jacques-Cartier.

Archives de la Ville de Longueuil.

Le centre commercial de la Place Longueuil ouvre ses portes en 1966

La ville de Montréal-Sud a été annexée par Longueuil en 1961 et le territoire occupé par le camp militaire abandonné a été acquis par la Ville, du gouvernement fédéral, en 1964. Sitôt acquis, sitôt vendu à des intérêts privés sous la direction de Jean-Paul Auclair, qui y fait immédiatement construire un important centre commercial qu’il baptise Place Longueuil.

La photo, prise en 1966, nous montre l’allure de cette première construction qui allait être détruite par un incendie en 1979. On découvrira que cet incendie, qui entraîna des dommages de 30 millions de dollars, était l’oeuvre d’un jeune pyromane de 9 ans, auteur de 25 autres incendies d’origine criminelle.

Collection Marcel Robidas, 1966.

Les trains disparaissent de Longueuil

Du milieu du 19e siècle jusque dans les années 60, les trains traversaient tout Longueuil d'est en ouest, à la hauteur de l'actuel boulevard Desaulniers. Longueuil avait sa gare, construite en 1885, sise au sud de la rue Guillaume, entre les rues Caroline et Grant; nous la voyons ici quelques années avant sa démolition. À peu près au même endroit, un citoyen en a construit une réplique miniature visible du parc linéaire.

En 1968, les trains cessent de circuler sur toute la partie ouest du territoire de Longueuil. Cette partie de la voie ferrée deviendra le parc linéaire recevant une piste cyclable en 1982.

Dans la partie est de Longueuil, c'est-à-dire de la rue de Normandie jusqu'à Boucherville, les rails sont toujours en place, presque inutilisés.

Collection G.A. Pelletier.

Plus localement, les Longueuillois fêtent l'ouverture d'un premier centre commercial dans les limites de la cité : c'est le modeste Centre Véronneau, sur la rue Saint-Jean.

Puis, en 1963, une année sombre pour certains, on commence l'aménagement de la route 3, aujourd'hui 132, qui coupe à tout jamais Longueuil de ses rives. Et pour faire bonne mesure, le gouvernement fédéral décide de démolir le magnifique bureau de poste de 1904, sur le chemin de Chambly, pour le remplacer par l'insipide édifice «fonctionnel» que l'on voit encore aujourd'hui. Les Longueuillois seraient mal venus de protester, eux qui ont autorisé par référendum, deux ans auparavant, la démolition du bâtiment voisin, le deuxième presbytère ou maison Héroux, édifice à forte valeur patrimoniale, au profit d'une banque et d'un musée temporaire qui n'existe plus d'ailleurs.

Mais la période est au progrès plus qu'à la conservation. En 1964, la municipalité achète du gouvernement fédéral le vaste terrain des baraques, puis le revend à l'entreprise privée pour y aménager un important centre commercial: ce sera la Place Longueuil, inaugurée deux ans plus tard, achevant de réduire à peu de choses le rôle commercial de la rue Saint-Charles Ouest.

À la fin des années 50, lors de la canalisation du Saint-Laurent, Montréal-Sud avait gagné plusieurs milliers de mètres carrés sur le fleuve. C'est sur ce territoire maintenant longueuillois qu'aboutit le métro reliant Longueuil à Montréal. Il est inauguré en 1967, année de l'Exposition universelle sur ces îles qui faisaient autrefois partie de la seigneurie de Longueuil.

En 1966, Marcel Robidas remplace Paul Pratt comme maire de Longueuil; c'est donc lui qui procède à l'inauguration du Centre culturel, dans le carré Isidore-Hurteau, comme il a inauguré le métro avec l'illustre Jean Drapeau. Comme Amédée Geoffrion 50 ans auparavant, Marcel Robidas fait son entrée à la mairie à une période faste pour Longueuil. Il faut dire toutefois que déjà, comme échevin, il a participé activement à la préparation de ces événements importants.

Mais Longueuil commence à se sentir à l'étroit dans son petit territoire, complètement bloquée entre le fleuve et Jacques-Cartier. Mieux que son prédécesseur, le nouveau maire le sent; les démarches sont déjà amorcées qui conduiront à la fusion des deux cités en une seule ville, en 1969.