Chapitre 7

 

Comme ces anciens naufragés, qui lançaient une bouteille à la mer contenant un appel au secours, le Longueuil Boating Club réclama d’urgence auprès du gouvernement fédéral le dragage de sa baie pour assurer sa survie. Ce fut deux ans après la guerre de 1939-1945 que cette mesure s’imposa et se réalisa finalement grâce aux efforts du commodore Robert Dufault.

De la fin du conflit mondial jusqu’en 1957, le nombre de membres ne cessa de diminuer, de fondre même puisqu’il passa de 400 à moins de 200. Il y eut graduellement une baisse du nombre de femmes et de jeunes gens. Diminution aussi de l’intérêt pour les sports nautiques, même si paradoxalement la flotille fut en augmentation.

S.O.S. du club

La recommandation relative au dragage fut prise à une assemblée générale du club, le 21 décembre 1947. La résolution demandait au gouvernement fédéral de faire creuser la baie dès le printemps de 1948 «pour sauver l’existence» du Longueuil Boating Club.

On y constate que les travaux de creusage que fait le gouvernement dans le port de Montréal occasionnent une baisse du niveau de l’eau, ce qui a provoqué le rétrécissement de la baie de Longueuil, une anse d’environ 200 par 400 pieds, creusée il y a vingt-quatre ans, et remplie de bateaux de plaisance de toutes sortes qui y sont ancrés.



Enfants de navigateurs
Des bambins de membres du club jouent au soleil de septembre 1948; en arrière plan, des embarcations amarrées (Photo: Jeanine Duguay)



Cette baie, indispensable à la survie du club, est devenue inadéquate. Si aucun creusage n’a lieu, le Longueuil Boating Club devra discontinuer toutes les activités avec le résultat que les membres ancreront leurs bateaux ici et là, à la merci des intempéries et de rencontres de bâtiments de la Marine marchande.

La résolution rappelle au gouvernement, que le Longueuil Boating Club rend des services au pays entier en orientant vers la Marine de guerre canadienne, des jeunes recrues qu’on entraîne au maniement des bateaux et à la pratique de la natation.

Le dragage

Cette résolution a finalement porté fruit puisque le secrétaire annonçait aux membres, le 14 mars 1950, que le dragage de la baie était complété, élargissant considérablement l’espace d’ancrage disponible. Cette amélioration, croyait-on, devrait avoir pour effet une augmentation appréciable du nombre d’embarcations, une adhésion plus prononcée de nouveaux membres et la stimulation de l’enthousiasme des anciens.

L’achèvement de ces travaux, selon le secrétaire, marque l’aboutissement heureux de nombreuses démarches de la part de l’infatigable commodore Robert Dufault et du député fédéral Roch Pinard. Dufault est nommé à l’unanimité commodore honoraire.

Travaux considérables

Le contrat s’était chiffré à 23 800$. La matière enlevée pour le dragage couvrait 13 000 verges cubes. À la fin des travaux, la profondeur minimum de l’eau était de dix pieds. La façade du club sur le fleuve était portée à une longueur totale de 640 pieds, ces dimensions couvrant le côté sud de la baie, de l’extrémité jusqu’à la section près du rivage.

La surface draguée fut prolongée à l’embouchure de la baie sur une distance de 120 pieds, à partir du point central vers le quai Kerry, et près du rivage sur une distance de 75 pieds. La surface totale de la zone au dessus de la partie draguée de dix pieds fut de 64 650 pieds carrés. La façade du quai en béton armé compléta les travaux, ce qui devait prévenir toute érosion par la glace durant l’hiver.

Hommage au commodore Dufault

À l’assemblée générale du 20 mars 1951, Dufault est de nouveau choisi commodore honoraire pour la saison. Le club veut ainsi souligner ses efforts dans l’établissement de relations efficaces avec le département fédéral des travaux publics, responsable du dragage de la baie.

Le commodore Dufault est nommé à la présidence d’un comité de liaison avec le gouvernement d’Ottawa. Il recommande d’adresser des lettres de remerciements aux ministres Lionel Chevrier et Roch Pinard pour la construction d’un mur de protection sur la propriété du club.



Une sirène du Longueuil Boating Club en 1948. Jacqueline Caron. On remarque à l'arrière-plan, le groupe de petits chalets appartenant au club. (Archives de la Société historique du Marigot)

 

Diminution du nombre de membres

En dépit de ces améliorations, le nombre de membres ne cessa de diminuer. Selon le trésorier F.Clearer,dans son rapport du 8 mars 1949, on comptait 253 membres dont 183 hommes, y compris les vingt-cinq membres à vie. Trois ans plus tard, le 2 mai 1952, il n’y avait plus que 178 membres, parmi lesquels seulement vingt-huit femmes.



Face aux intempéries. Chaque printemps signifiait inondation. C'est pourquoi la maison commune du Longueuil Boating Club était bâtie sur pilotis. (Archives de la Société historique du Marigot)



Touchant la flotille, elle est de 110 bateaux en 1950. En raison des départs de H. Askew et N.Horton, deux directeurs fanatiques des «Y-Flyers», l’intérêt en faveur de ces embarcations était à la baisse. Le comité des voiliers connut quant même un certain succès. On organisa 16 courses réservées aux «Y-Flyers»: Normand Pascoe et son équipage, Keith Carter et Harry Wind, sur le Flossie, fournirent une belle performance.

En 1951, le club acquiert un bateau de sauvetage, qui s’est avéré très utile, précise le secrétaire Robert G.Fiegehen dans son rapport du 26 février 1952. Les biens immobiliers du club comprennent alors la maison commune au 86 rue Victoria (évaluée à 5 000$), et treize chalets ou cabines servant au déshabillage, aux casiers, à l’outillage, à la cantine et à la surveillance. La totalité des biens est estimée à 8 243.77$.



Au large. La trésorière Linda Gritchlow et le commodore André Laframboise à bord d'un voilier pingouin. (Archives du Club nautique de Longueuil)


Popularité des danses

Les danses sont aussi populaires du club qu’en temps de guerre. Dans son rapport du 8 mars 1949, le secrétaire Marcel Lamoureux nous assure que la salle de danse a été ouverte «presque tous les soirs» durant la saison estivale. La moyenne de l’assistance était de 75 personnes. Selon l’organisateur des activités sociales, Guy Masson, on prévoyait en 1950 une dizaine de soirées de danses officielles, y compris le fameux bal blanc.

Mais ce succès ne masquait pas au conseil d’administration le déclin du nombre des amateurs de sports nautiques. «Heureusement, il reste un noyau de membres enthousiastes», s’exclame le 2 mai 1952 le secrétaire, se voulant rassurant. «Il faut s’engager davantage, ajoute-t-il, faire plus que payer sa cotisation. C’est l’esprit de collaboration qui doit prévaloir. Du fait que la population de la Rive Sud augmente et que nous sommes le seul club nautique dans la région, notre recrutement devrait être facilité. Que ceux qui le peuvent s’engagent au sein du prochain conseil d’administration pour maintenir haut les belles traditions de notre club».

Manque d’enthousiasme

Lors des élections, le secrétaire Robert G. Fiegehen fut réélu de même que le commodore C.-R. Mandeville. Les autres membres de ce conseil qui devait, selon le secrétaire, créer un éveil, étaient: John Colligan, vice-commodore; Ed.Garret, trésorier; R. Robert, capitaine de terre; Bruno Amyot, capitaine de la flotte; Power, Parkin, Pascoe et Lemay, directeurs.

À l’assemblée générale annuelle du 26 février 1953, le secrétaire Fiegehen nous apprend que «le conseil d’administration a fait des efforts qui n’ont malheureusement pas été appuyés par la majorité des membres... Il y a un manque d’enthousiasme de la part des amateurs de sports nautiques. Pourtant, notre club a su se distinguer dans le passé... Le Longueuil Boating Club doit reprendre sa place honorable dans la vallée, sur le St-Laurent où il a jadis remporté tant de trophées».

Le 13 mai 1955, lors de l’assemblée générale, le secrétaire déplorera que le Longueuil Boating Club n’ait pas été représenté, au cours des deux années précédentes, dans les compétitions inter-clubs de la St.Lawrence Valley Yacht Racing Association. La tendance était aux croisières plutôt qu’aux courses, à la baguenaude plutôt qu’aux défis.

Baux avec les Ports nationaux

Reconduit dans ses fonctions de commodore honoraire, le 26 février 1953, Robert Dufault prit en main le dossier des baux avec le Conseil des Ports nationaux, dont le club était locataire. C’était un dossier assez complexe.

Une correspondance de 1955-1956 entre Dufault, le député fédéral Auguste Vincent et le maître du port de Montréal, Guy Beaudet éclaire quelque peu la question.

En 1953, le club avait cédé à la ville de Longueuil un espace de terrain, compris entre la maison commune et le fleuve, pour permettre l’érection d’un mur de soutènement apte à empêcher les inondations printanières, qui sévissaient depuis de nombreuses années. À cette époque, le club demanda à la Commission du Havre de pouvoir disposer d’un autre espace afin d’y placer des embarcations, vue l’impossibilité de le faire en face de la maison commune.

Le député Vincent suggéra à Beaudet que l’ensemble de l’espace fût loué à un prix nominal. Vincent assurait que le club avait une excellente renommée, qu’il était très utile, mais qu’il demeurait un organisme à but non lucratif.

Ces bons arguments ne furent pas entendus, du moins en 1956 et 1957. Ce fut peut-être l’un des motifs de la démission du commodore Ed. Garret, le 22 juin 1956. Dans sa lettre, Garrett soulignait qu’il n’avait «aucune autre alternative que de démissionner».

Dans le chapitre suivant, nous verrons comment le Longueuil Boating Club devint le Club nautique de Longueuil.



Un fier compétiteur, à bord de son voilier "Y", Ivan Voronkoff et son équipage portant les couleurs du Club nautique de Longueuil sur le lac Saint-Louis. (Archives du Club nautique de Longueuil)

 

 

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