Chapitre 6

 

Durant la guerre de 1939-1945,ce furent les femmes et les jeunes garçons qui maintinrent le Longueuil Boating Club vivant. En effet, beaucoup de membres seniors s’enrôlèrent ou furent accaparés par leur travaux reliés aux hostilités. De ce fait, durant cette période, le club prit un nouveau visage; il devint un centre de loisirs où les sports nautiques n’étaient pas essentiels.

Pendant le conflit mondial antérieur, celui de 1914-1918, le club fut moins affecté par le départ des membres. Il y eut toutefois des manifestations patriotiques aussi vives d’appui envers ceux qui s’étaient enrôlés, que cela s’était produit en 1939-1945.

Augmentation des membres

Jamais, dans toute l’histoire du club, il y eut autant de membres que durant la seconde guerre mondiale. On en vint à dépasser le chiffre de 400 personnes. Bien que les femmes et les adolescents fussent majoritaires, en aucun temps ils ne firent partie du conseil d’administration. Et bien que celui-ci en vint à être composé presque uniquement de Canadiens français, ce fut la langue anglaise qui resta la langue officielle des procès-verbaux, même si on ajoutait une traduction de temps à autre.

La guerre demeurait continuellement présente dans l’esprit des membres du club en 1914-1918 et en 1939-1945.On organisa même le dévoilement de tableaux d’honneur où figuraient les membres qui s’enrôlaient devenaient automatiquement membres honoraires.

Régates et natation

Même si les sports nautiques accaparaient moins la programmation, il ne faut pas penser que les régates annuelles avaient été annulées. Non pas. Et même la flotille avait été augmentée. Mais les activités sociales, comme la natation et la plage, avaient pris le pas sur les autres.

Quand la guerre de 1939 fut déclarée, le commodore était C.-R. Mandeville et les autres officiers: Félix Bissonnette, vice-commodore; Alain Lord, trésorier; Raymond Grimard, secrétaire; H. Millard, capitaine; F. Marchand, capitaine de la flotte; N.J. May, L. Nicolle, S. Brecknock, Alex.-A.Grimard, directeurs.

Selon le rapport du secrétaire Raymond Grimard, daté du 6 mai 1939 – le premier écrit avec version française dans toute l’histoire du club -, les activités nautiques, quant au canotage et à la voile, vont en s’amplifiant. Sur terre, le chemin longeant le bord de l’eau, de la rue Victoria au quai du club, a été grandement amélioré. Le quai lui-même est en excellent état. De plus, un enclos est maintenant érigé pour assurer la sécurité des enfants qui ne savent pas nager.



Constructeur de voiliers
Le commodore C. R. Mandeville fut un promoteur des régates de voiliers et aussi un habile constructeur de ces bateaux. Il en réalisa une cinquantaine de modèles tels Moth, Y-Flyer, Cadet, Sprug et Duet. Nous le voyons ici (au centre) à l'oeuvre dans le sous-sol de sa maison, au 86 rue Victoria, à proximité du club auquel il consacra une grande partie de sa vie. ( Archives du Club nautique de Longueuil)


D’après la secrétaire Grimard, toujours, le club compte alors 197 membres, se répartissant comme suit: 58 hommes, 51 femmes, 25 jeunes filles et 12 garçons. Il faut ajouter à cette liste 37 membres à vie et 11 membres honoraires.

Esprit patriotique

Même s’il dut en être question dès le début des hostilités, les procès-verbaux ne font état de la Seconde Guerre mondiale qu’à l’assemblée annuelle du 5 octobre 1940. Dans son rapport, le secrétaire note que plusieurs membres n’ont pu participer aux activités du club, s’étant enrôlés «pour défendre nos libertés». En raison de ces départs, les compétitions nautiques ont été moins nombreuses que par le passé; elles n’ont toutefois pas cessé d’être populaires.

La flotille du club augmente toujours. Elle compte entre autres le joli croiseur Cécilia, le yacht de course Escapade, champion de l’Est du Canada et l’élégant trois-mâts Andastra II. Ces bateaux et les autres portent fièrement les couleurs du club tout le long du St-Laurent.

Le trésorier rapporte, à l’assemblée du 5 octobre 1940, que les cotisations les plus importantes proviennent des membres masculins seniors (352.80$) et des dames (76$). D’autres revenus sont dûs à la location du terrain (103.50$), au halage (121.50$), à la location des cabines (68$), à l’entreposage des cabanes (60.50$) et aux danses (52.89$).

La plus grande partie des frais touche l’entretien de la maison commune et des quais ainsi que la surveillance de la propriété. Au nombre des biens du club, la maison commune est évaluée à 4 500$. On compte neuf cabanes, à savoir celle du gardien, cinq cabines réservées au déshabillage des baigneurs, deux abris de canots et une remise à outils.

Membres honoraires

À l’assemblée générale du 14 novembre 1940, sous la présidence du commodore Léon LeBrun, il est décidé que tous les membres du club qui ont joint les forces armées seront nommés membres honoraires. Le 13 mars suivant, Eric Drinkwater, directeur, démissionne pour s’enrôler dans l’armée active. Il est ipso facto nommé membre honoraire.

À cause de la guerre, d’autres démissions surviennent le 15 avril 1941; celles de M. McKay et de M. Gagné, secrétaire «en raison des pressions de son travail de guerre». Ces démissions sont acceptées avec regret. Drinkwater et Gagné sont remplacés au conseil par L. Aubin et J. Simard. Démissions aussi du commodore C.-R. Mandeville, du vice-commodore F. Bissonnette et du capitaine Dufault.

Année orageuse

Il semble toutefois que ces trois dernières démissions n’aient pas eu de lien direct avec l’état de guerre. On retrouve en effet ces officiers occupant des fonctions dans le conseil d’administration élu le 18 octobre 1941: Robert Dufault, vice-commodore; C.-R.Mandeville, capitaine et F.Bissonnette, directeur. On choisit alors comme commodore Léon LeBrun et comme secrétaire, Jacques Simard.

Celui-ci, dans son rapport du 18 octobre 1941, remarque: «La fin de l’année dernière fut certes la plus orageuse dans toute l’histoire du club. Croyant que nous pouvions conquérir une meilleure place au soleil, quelques membres luttèrent pour faire prévaloir leurs vues. Félicitations à Robert Dufault, au commodore Léon LeBrun et à Jack Mandeville».

Nouvelle clientèle

Le secrétaire Simard précise que «les plus ardents participants des courses nautiques étant enrôlés, il y en eut très peu; mais le commodore organisa tout de même des régates annuelles».

En fonction d’une nouvelle clientèle, on acquit des pédalos ainsi qu’une plongeoire. On ajouta une balançoire destinée aux enfants et une chaloupe mise en location pour les familles. En l’espace d’un an, entre 1940 et 1941, on était passé de 151 membres actifs à 301.

Comme activités sociales, il y eut l’organisation de soirées de bingo et de danses avec orchestre, chaque samedi soir. De plus, le juke-box, nouvellement installé dans la maison commune, rapporta en 1940 la jolie somme de 94.30$.

On incite toutefois les jeunes à pratiquer des sports, par exemple la natation. Le capitaine rapportait au conseil, le 14 juillet 1942, que des courses de nage étaient prévues le vendredi soir pour les membres juniors. D’autre part, des régates mettaient en jeu 36 prix le 9 août 1942.

Sauvetage du club

Dans son rapport à l’assemblée générale du 3 octobre 1942, le secrétaire Jacques Simard se félicite que le conseil d’administration «sachant que la guerre nous enlèverait un haut pourcentage de membres seniors, ait décidé d’accentuer le recrutement des dames et des adolescents».

La justesse de cette politique a porté fruit. Malgré la guerre, le club nautique s’est épanoui. Sans compter les membres à vie, les adhésions sont passées de 301 à 387, ajoute le secrétaire. «En dépit des restrictions de guerre, il y eut de nombreuses activités sportives; plusieurs courses de bateaux à voile furent tenues avec les extraordinaires «Y-Flyers»...». De plus, «toutes les danses et la mascarade furent des succès».

D’après le secrétaire Gilles-A. Montreuil, dans son rapport du 16 octobre 1943, «la guerre, est cause de la diminution de moitié des membres intermédiaires et seniors». Par contre, le nombre des membres masculins juvéniles et juniors a augmenté. Même s’il y eut des courses d’embarcations deux fois par semaine au cours de la saison estivale, des activités autres ont pris le pas. Par exemple, les danses, dont la moyenne des présences a été d’une centaine de personnes ce qui représentait un record en regard des années précédentes. G. Larose organisa un bal blanc à la fin de la saison estivale et une randonnée en traîneaux au mois de janvier.

Présence féminine

Le 8 novembre 1944, moins d’une année avant la fin de la guerre, le nombre de membres était de 437, soit le plus élevé dans toute l’histoire du club. On comptait 158 femmes et jeunes filles, 106 garçons juniors et 88 hommes.

Le secrétaire Montreuil croyait que, avec sa flotille de cinquante bateaux (à voile et à moteur), le club regagnerait bientôt son statut de yacht club. Dans les compétitions de la dernière saison, la classe de «Y-Flyer» avait dominé la scène avec la famille Askew. On reprit aussi même été, les croisières au clair de lune, et cela avec un très grand succès.

Le sénat du club

Le club compte alors, en 1944, vingt-quatre membres à vie, dont sept de Longueuil, et les autres de Montréal. Les Montréalais sont F. Bissonnette, M. Bouchard, John Donovan, Albert Duval, Alphonse Duval, E. Ethier, A.-A. Grimard, H.Millard, H. Greenshields, C.J. Harrod, J. Wear, F.H.S. Thornton, Jacques Simard, Léon LeBrun, Yvan Vorinkoff, Roland Serres. De Longueuil: C.-R. Mandeville, Thomas Letts, V. Lauzé, J.-M. Edson, J. Marcoux, Robert Dufault, E.S. Kent, J.H. Lymburner (St-Lambert).

Lors d’une assemblée générale, le 3 octobre 1942, le conseil d’administration, présidé par le commodore Robert Dufault, avait voulu nommer C.-R. Mandeville membres honoraires à vie. Alex Grimard s’y était opposé en soutenant que Mandeville lui-même et d’autres étaient devenus membres à vie par seniorité, en vertu de la constitution de 1927. Le statu quo fut maintenu.

Tableau d’honneur

L’esprit qui prédominait au club, lors de la guerre de 1939-1945, portait le souvenir des membres qui combattaient les États fascistes. On était très près de la famille royale d’Angleterre. Ainsi, le 4 septembre 1942, le club adressait un télégramme de condoléances au roi George VI à l’occasion d’un deuil familial.

Le 2 février 1944, le conseil décide de faire poser dans la maison commune un tableau d’honneur donnant la liste de tous les membres du club ayant joint les forces canadiennes. La cérémonie du dévoilement eut lieu le 5 août 1944, avec comme invités les soldats disponibles. Les bénéfices de cette soirée de danse furent versés aux membres en service militaire.

En 1914-1918

Le même esprit avait existé et des gestes semblables avaient été posés au club durant la guerre de 1914-1918. En particulier, on avait aussi nommé membres honoraires ceux qui s’étaient enrôlés et leurs noms avaient été inscrits sur un tableau d’honneur à la maison commune.

La première allusion à ce conflit mondial fut faite à l’assemblée générale semi-annuelle du 2 octobre 1914 où il fut dit que «plusieurs membres de notre club ont répondu à l’appel des armes». Les premiers soldats à être reçus membres honoraires furent C.D. Craig et W.G. Owen «actuellement au front», lors de la réunion du conseil d’administration, le 11 mars 1915. Une résolution de l’assemblée générale, le 10 avril suivant, détermine que «tous les membres qui sont en service actif» deviendront automatiquement membres honoraires.

Même si les procès-verbaux n’en gardent aucun souvenir, il n’y a pas de doute que la victoire des Alliés en 1918 et en 1945 fut célébrée avec éclat au club nautique. Celui-ci, en 1939-1945, grâce aux femmes et aux jeunes garçons, avait pu traverser avec honneur la tempête, en sortant fort et majestueux comme un splendide voilier. Avec le retour des hommes de guerre, une nouvelle phase s’annonçait. C’est ce que nous verrons dans le prochain chapitre.

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