Chapitre 4

 

Les jeunes, qui avaient été admis dans le club nautique de Longueuil en 1876, le ressuscitèrent en 1886. Comme le Phénix de la légende, il reprit force et vigueur pour accomplir de nouveaux exploits.

La reprise des activités commença le 30 mars 1886 par l’élection d’un conseil composé de William I. Gear, président; W.J. Carmichael, secrétaire-trésorier; B.E. Cotte,vice-président; G.P. McClure, G.M. Graham, W.H.A. Jones, W.T. Rodden, directeurs; J.W. Moffat, capitaine. Ces officiers se donnèrent la tâche de préparer une constitution, puis de convoquer une assemblée générale au mois de mai.

Nouvelle constitution

La nouvelle constitution ne présentait guère de changements en regard de la précédente. Le nom du club demeurait le même . Les couleurs, le bleu et le blanc, restaient. On arborait toujours le fanion blanc orné d’une étoile bleue à cinq pointes. Le capitaine verrait à la surveillance générale de la flotille. L’uniforme était quelque peu changé. Il consistait en un veston de serge bleue, une chemise de flanelle blanche et des pantalons, des souliers et un chapeau de paille de même couleur.

L’assemblée générale, tenue le 4 mai, approuva les décisions de celle du 30 mars précédent ainsi que la nouvelle constitution.

La lanterne rouge

La première manifestation du club fut, le 17 juin, un ralliement de bateaux à l’île St-Hélène, qui fut suivi de beaucoup d’autres chaque mercredi soir. La flotille quittait le débarcadère de Longueuil à 20 h 15 précédée du bateau présidentiel qui signalait son départ par un coup de pistolet. De même en était-il au retour. Une lanterne rouge indiquait le bâtiment du président.

Les régates reprirent de plus belle. Celles du 21 août comprenaient huit courses dont sept d’embarcations à aviron et une de natation. Des invitations avaient été lancées aux conseils des clubs suivants: Montréal Yacht Club, Lachine Boating Club, Valois Boating Club, Pointe-Claire Boating Club, Victoria Bridge Boating Club, Grand Trunk Boating Club, St-Lambert Boating Club, Club nautique de Beloeil, Ste-Anne Boating Club. Cette liste donne une idée de la floraison des clubs de cette sorte dans la région.

À l’assemblée générale annuelle du 11 septembre 1886, William I. Gear fut remplacé par W.H.Kirby à la présidence. On retrouvait au conseil: B.E. Cotte, vice-président; F.J. McClure, secrétaire-trésorier; W.A. Bonnell, capitaine; G.M. Graham, G.P. McClure, W.I. Rodden, A. Atken, J.W. Moffat, W.J. Carmichael, W.I. Moffat, directeurs.

Une maison commune

Depuis sa renaissance, le club nautique avait obtenu l’ancienne maison du club de toboggan de Longueuil, au pied de la rue St-Sylvestre. Une nouvelle construction fut bâtie en 1887 et agrandie l’année suivante. À la même époque, le Montreal Yacht Club s’installait au lac St-Louis et devenait le Royal St-Lawrence Yacht Club. Le Longueuil Boating Club pouvait enfin respirer.

L’édification de la maison commune avait été décidée au cours de l’assemblée annuelle du 28 mai 1887. On avait prévu un coût de 190$. Le conseil émit à cette effet des obligations de 3$ chacune portant un intérêt annuel de trois pour cent; on devait émettre un maximum de 65 parts. La nouvelle maison commune fut bâtie à la place de l’ancienne maison du club de toboggan. Le loyer du terrain était de 5$ par saison.

Aux programmes des régates

À signaler dans les programmes des régates, le maintien de courses destinées aux jeunes garçons. On note aussi une division des participants entre homme mariés et célibataires. Il n’y a pas de courses de voiliers mais d’embarcations à rames et de canots. Une épreuve nouvelle, quelque peu loufoque, était celle des baignoires qui devaient franchir la distance entre le quai et le bateau des juges.

Le président Kirby démissionna juste avant l’assemblée semi-annuelle du 26 mars 1888. W.I. Gear revint à la présidence, assisté de George W.Roberts, à la vice-présidence; de McClure, comme secrétaire; de Graham, comme trésorier; de J.W. Moffat, capitaine et des directeurs W.G. Moffat, James Slater, R.A Kydd. En raison des démissions subséquentes du vice-président et du trésorier, T.F.G. Day et R.S. Kydd furent respectivement élus à ces fonctions. Le 23 juin, W.J. Carmichael remplaçait Kydd comme directeur.

Contre les paris et la boisson alcoolique

Il semble qu’alors, le club comptait un certain nombre de parieurs et de sportifs aimant lever le coude. Le conseil fut saisi de ce problème le 21 août 1888. Un règlement fut adopté pour défendre de parier ou d’apporter de la boisson alcoolique dans la maison commune ou dans le hangar à bateaux.

Selon le rapport du secrétaire F.J. McClure à l’assemblée générale du 8 septembre 1888, le club se structure et s’organise sérieusement, mais l’attrait pour les sports nautiques est trop faible. Il y a malgré tout une augmentation du nombre de membres qui est passé de 50 à 64. Le hangar à bateaux a été agrandi; à l’arrière de la maison commune, le quai a été entièrement reconstruit. Par ailleurs, la constitution et les règlements ont été imprimés.

Tout en soulignant l’organisation de deux régates au cours de la saison, le secrétaire déplore le manque d’intérêts des compétiteurs, qui s’exprime dans leur peu de préparation. McClure manifeste sa déception relativement aux régates ouvertes aux autres clubs le 25 août: «Tous nos prix sont allés aux étrangers». D’autre part, le club a été bien représenté aux régates de Ste-Anne et de St-Lambert.

Une maison qui bouge

Cette année-là, l’emplacement de la maison commune est un sujet débattu. Le 21 septembre 1888, le conseil songe à lever une souscription parmi les membres pour acheter un lot où installer la maison du club et la rallonger d’une quinzaine de pieds. L’assemblée générale du lendemain rejette la recommandation de l’achat d’un terrain, et la maison est entreposée sur la propriété d’un nommé Jacques Lavoie, au coût de 5$ pour l’hiver.

À une assemblée générale spéciale, le 26 février 1889, il est décidé que la maison commune sera érigée sur le domaine Notman, à proximité du quai de Longueuil. L’installation sur le nouveau site eut lieu au printemps.

Regroupement des yacht clubs

Le club nautique de Longueuil prend figure de leader quand, le 14 septembre 1891, le conseil, sous la présidence de A. Hardie, demande au secrétaire J. Camron de convoquer les représentants des clubs nautiques des environs à une assemblée à l’hôtel Windsor de Montréal, le plus tôt possible, en vue d’en arriver à un consensus pour la dimension des esquifs, le choix des dates des régates et la création possible de la Montréal Rowing Association.

Le 7 novembre, les délégués de Longueuil désignés sont W.I. Gear et W. Kirby. Après trois réunions, la Québec Rowing Association voit le jour le 1er juin à Montréal. W.I. Gear est élu vice-président et D. Cameron, secrétaire.

Drapeau des dames

Les drapeaux du club sont au centre des discussions de l’assemblée semi-annuelle du 11 juin 1892. Les procès-verbaux font mention pour la première fois d’un drapeau décerné par les dames aux champions des courses d’embarcations à un aviron. Cet emblème devient la propriété du vainqueur s’il est gagné deux années consécutives. Tous les autres drapeaux doivent être retournés au conseil d’administration par les gagnants le 1er août de l’année suivante. Ils demeurent la propriété du club.

Par ailleurs, le capitaine E.-J. Paradis est l’objet de plaintes de la part de membres qui ont vu leurs bateaux déplacés sans avertissement. Tout d’abord, le 27 juin 1892, une protestation de Charles S. Underhill. Le capitaine Paradis demande à cette occasion qu’un espace soit réservé au bateau du club. À la même date, J. Hamilton se plaint également du déplacement de son bateau. Le conseil semonce le capitaine et avise que tout membre qui déplacera le bateau d’un autre sera suspendu durant au moins un mois.

Maison commune permanente

Une assemblée générale spéciale, le 18 juillet 1892, demande que le club soit incorporé, ce qui n’est en fait que l’approbation de démarches déjà entreprises en 1891. Par la même occasion se constitue un comité dont la tâche sera de trouver un emplacement et d’y bâtir une maison commune. Ce comité est composé de Andrew Hardie, D. Anderson, R.D. Thicks et C.A. Thompson.

Ce sera sous la présidence de John Hamilton, qui remplira trois mandats, que le club possèdera une maison commune permanente. À l’automne de 1894, deux lots (cadastre no 155, sections 81-82) sont acquis de la compagnie ferroviaire du Grand Tronc. Et le 1er juillet 1895, une confortable maison était inaugurée par un grand bazar qui dura trois jours. La nouvelle construction avait été bâtie selon les plans et sous la supervision du vice-président W.J. Carmichael qui exigea le respect du dimanche sur le chantier. L’assureur évalua à 1 300$ la nouvelle maison commune.

Les dames auxiliaires

Les femmes travaillaient à l’essor du club, non pas comme membres à part entière, mais comme dames auxiliaires. Groupées en association, elles organisaient des danses ou autres activités dont les bénéfices servaient particulièrement à envoyer des champions participer aux régates des autres clubs nautiques.

Cette solide structure du club, ses programmes firent qu’un club nautique exclusivement de langue française, fondé à Longueuil en 1891, ne put se maintenir plus de deux années. Le promoteur en était Edward C. Lalonde, en compagnie J.-Rosario Bourdon, Georges-A. Cherrier, G.-Henri St-Mars, Rachelle St-Mars et autres. Le conseil municipal de Longueuil avait approuvé officiellement cette fondation, lors d’une séance présidée par le maire B.Normantin, le 22 juillet 1891. Le nouvel organisme, concurrent du Longueuil Boating Club, prit le nom de Club nautique de Longueuil. La charte signalait que l’association était constituée «dans un but de délassement et de récréation pour le corps». Cette initiative marquait une opposition à l’égard d’un club uniquement de langue anglaise.



Le conseil d'administration du Longueuil Boating Club en 1898. De gauche à droite: assis, C.J. Harrod; John Hamilton, commodore, A.C. Wurtele, trésorier; F.J. McClure, vice-commodore; debouts, A.E. Carmichael; J.-H. Marcoux; G.A. McColl, secrétaire honoraire; Jos. Hurtubise, capitaine.
(Archives de Jeanine Duguay)

 

Documents attestant la tentative faite en 1891 de fonder à Longueuil un club nautique de langue française. (Archives du Club nautique de Longueuil)

 

Kirby et Marcoux

Alors que W.H. Kirby, un adepte exemplaire des sports nautiques, décède durant l’été 1893, un nouveau membre, J.-H. Marcoux, apparaît pour un long temps sur la scène de l’histoire du club. Il est nommé capitaine et commence ainsi une carrière fructueuse. Quant au fils de W.H. Kirby, W.T. Kirby, il est élu membre honoraire à vie.

Les régates du mois d’août 1894 affichent comme nouveautés, en plus des courses de canots, une épreuve réservée aux yachts et un championnat de nage. Un match de polo est aussi au programme. Sur dix courses, deux s’adressent aux adolescents. La répartition des tâches du comité organisateur est rigoureusement planifiée.

Danser sans naviguer

Il semble toutefois que le club s’oriente vers des activités sociales de plus en plus éloignées des sports nautiques. La maison commune est souvent louée pour des danses (8$ pour une veillée publique et 5$ pour une soirée privée) et un piano est même acheté au coût de 250$. On acquiert une centaine de chaises en déboursant 25$. Alors que jusque là on se limitait aux abonnements de revues spécialisées sur le yachting, on paie maintenant le Ladies Home Journal. On décide d’exploiter, en plus des opérations du Longueuil Boating Club, un club de tennis.

Les biens du club augmentent au point qu’il est décidé, lors de l’assemblée semi-annuelle du 28 septembre 1895, de former un conseil décisionnel sur les propriétés immobilières. Ce comité sera constitué du président, du vice-président, du secrétaire, du trésorier et de tous les membres à vie. Exceptionnellement, le 9 mai 1896, W.J.Carmichael est élu président et reçoit le titre de membre honoraire à vie.

À cette dernière assemblée, la majorité des membres avaient demandé aux nouveaux dirigeants «de consacrer leurs énergies à restructurer le département athlétique et aquatique du club en fournissant les bateaux et les canots nécessaires». Le club possédait aucune embarcation de courses. Dès le 1er juin, un canot et quatre rames sont commandés au coût de 41$; on apprend à la même date que le court de tennis sera prêt le 6 juin.

Membres à vie

Le 15 juin 1896, au cours d’une assemblée générale spéciale, une nouvelle constitution et de nouveaux règlements sont adoptés. Ceux-ci sont d’autant plus importants qu’on y précise le statut de membre à vie, statut qui ne cessera par la suite d’être remis en question. «Tout membre peut devenir membre à vie, précise-t-on, sur paiement d’une somme de vingt-cinq dollars et aura droit à tous les privilèges des membres ordinaires».

«Les membres honoraires doivent être élus par les deux tiers des membres lors de l’assemblée annuelle; ils sont dispensés des frais de cotisations et ont droit à tous les privilèges réguliers. Les membres honoraires de l’année sont élus à l’unanimité du conseil d’administration. Ils sont dispensés du paiement des cotisations et jouissent de tous les privilèges des membres, sauf du droit de vote et de l’éligibilité à un poste d’officier».

Membres réguliers et cadets

Le club, selon les règlements, compte deux classes de membres en regard de l’âge; les homme âgés de 17 ans et plus, qui ont tous les droits et privilèges; les cadets, jeunes de moins de 17 ans, qui n’ont pas le droit de vote. La cotisation annuelle est de trois dollars pour les adultes et de deux dollars pour les cadets. Les officiers comprennent le président, le vice-président, le secrétaire, le trésorier, le capitaine et les trois directeurs.

Toujours d’après les règlements, un candidat devra solliciter son adhésion auprès du conseil en précisant son occupation, son adresse - de préférence celle d’affaires -, ainsi que les noms de ses deux parrains. Il y aura scrutin secret; une seule boule noire justifiera un refus.

Le nom du club, ses emblèmes demeurent tels qu’antérieurement. Au nombre des buts, on parle, en plus de «l’encouragement du canotage amateur»,«rapports sociaux» entre les membres.

On aura remarqué que les femmes ne figurent pas dans les statuts et règlements du club nautique. Elles sont toutefois admises dans le nouveau club de tennis, qui compte 22 membres en 1896. Les heureuses élues sont Mlles M.Carmichael, Hamilton, Walker et Mmes McClure et Blaikie.

Arrivée des yachts

Par ailleurs, les propriétaires de yachts du club organisent une course le 5 septembre 1896.Y participent: Good Luck, Luto, Hurtubise, Edson, Elliot, Nada et Letendre. C’est la première course de la sorte au club; le gagnant: Nada, de M.S. Thornton. Pour leur part, J.-H. Marcoux, G.A. McColl, H. Wheatley, C. Shaw ont conquis la première place de l’épreuve de quatre hommes en canot aux régates du Grand Trunk Boating Club, le 29 août 1896.

Malgré ces efforts, le secrétaire Thomas Blaikie, à la réunion semi-annuelle du 12 septembre 1896, déplore «le manque d’enthousiasme envers la navigation, en dépit de l’achat de canots de course et d’un bateau». Blaikie admet toutefois que les régates du 20 juin ont été un succès. Il rappelle aussi que les représentants du club aux régates de St-Jean, St-Lambert, Lachine, Pointe-Claire et Grand Trunk ont remporté sept fois la première place, trois fois la seconde et deux fois la troisième.

Abolition des membres juniors

Le statut de membres juniors ou cadets, qui avait assuré le sauvetage du club en 1886, est étrangement aboli à l’assemblée annuelle du 8 mai 1897. D’après le secrétaire Thomas Blaikie, le club compte 129 membres répartis de la façon suivante: 21 membres à vie, 99 membres seniors et 9 membres juniors.

Du côté du club de tennis, le championnat à été décroché par Grace Walker. La femme reste toutefois absente de la pratique des sports nautiques. Les garçons, qui assureraient la relève, sont aussi écartés. De plus en plus, le Longueuil Boating Club prend la figure d’un club social fermé, réservé à une élite d’adultes préférant la danse à la navigation pour faire pénétrer le rêve dans leurs vies.

 

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