Chapitre 10

 

En 1992, l’année du 125e anniversaire du club, le commodore Normand Aubin est à la barre. Il envisage l’avenir de l’organisme avec optimisme. La vitalité du club s’est manifestée fermement au cours de la décennie de 1980.

La ville de Longueuil a favorisé le club dans le plan d’aménagement et d’embellissement de ses rives. Par ailleurs, l’un des grands projets demeure la fondation d’une école de voile destinée aux adolescents. Les questions du rôle de l’aumônier, des conjoints et des membres à vie ont suscité l’intérêt des membres durant cette même décennie.

Avenir prometteur

Pour le commodore Normand Aubin, l’avenir du club nautique est prometteur, en raison particulièrement de la signature d’un bail à long terme qui prouve que la Ville de Longueuil a, intérêt au maintien de l’organisme et même à son épanouissement.



Le commodore Normand Aubin (Archives du Club nautique de Longueuil)

Le commodore envisage le mandat du club comme la promotion de la navigation de plaisance sous toutes ses formes. C’est pourquoi le projet d’une école de voile revient à la surface. De même, la participation au Festival annuel des voiles est de plus en plus importante. Au cours des saisons de 1990 et de 1991, le club a organisé un défilé de bateaux ainsi qu’une course de voiliers.

Des cours d’initiation à la navigation de plaisance sont donnés à la maison commune par l’Institut maritime du Québec, au printemps et à l’automne, touchant ainsi une soixantaine de personnes.

Le commodore considère très positive la présence, à proximité du club, du Port de plaisance de Longueuil. «Ça amène, dit-il, une intensification de la vie des plaisanciers. De plus, la vocation commerciale de ce port est extrêmement utile».

Tous les membres profitent des installations portuaires. Quelques-uns habitent leurs bateaux à temps plein durant la saison estivale. D’autres s’organisent des croisières. Tous profitent des plaisirs des sports nautiques.

Le club compte autant de propriétaires de voiliers que de bateaux à moteur. Pour sa part, l’Alcyon, du commodore est dans cette dernière catégorie. Membre du club depuis une douzaine d’années, Aubin considère que le commodore est «un coordonnateur, un motivateur». Sa politique est de fonctionner à l’aide de nombreux comités, «ce qui facilite la participation de plus de membres».



Plan d'aménagement du Club nautique de Longueuil en 1991. (Archives du Club nautique de Longueuil)

 

L’amour du yachting

Le projet que caresse en 1992 le club de créer une école de voile a longtemps été mis de l’avant par un membre éminent, l’ancien conseiller municipal Léo Lafrance. «Le yachting, déclare-t-il, dans une entrevue en 1991, favorise le développement de la personne: créativité, concentration, imagination, facilité de résoudre très vite les problèmes, maîtrise complète du centre de décision. Il serait très important d’avoir à Longueuil une école de voile pour les jeunes. C’est aussi essentiel qu’une marine destinée aux adultes».

Les trente-deux années de yachting ont fait de ce doyen du club un amant des sports nautiques. Son épouse était fille d’un marin de St-Pierre et Miquelon, et elle adorait les navires. Lafrance fut matelot dans la marine française durant cinq ans, sous le gouvernement du général Charles de Gaulle. En 1939, il avait voulu s’engager dans la Canadian Navy, mais il avait été refusé parce qu’il ne parlait pas anglais. En 1992, il navigue toujours sur son voilier, le Béarn, portant fièrement les armoiries de la patrie du prestigieux Henri IV.

Entente avec Longueuil

Depuis les débuts, la Ville de Longueuil a toujours favorisé le club nautique. Au mois d’août 1990, une entente est conclue entre les deux parties pour une période de quarante ans. Le bail accorde la sous-location des terrains du bord du fleuve au club nautique. Ces espaces, propriété du Conseil des Port nationaux, sont loués 2 096$ annuellement à Longueuil. L’entente, qui ne rapporte rien à la ville, permet toutefois le maintien d’une belle fenêtre sur le fleuve. L’équipe de négociation du club était composée de Jacques Letendre, négociateur, de Gilles Provost, Pierre Tremblay et du commodore Normand Aubin.

La municipalité et le gouvernement du Québec ont versé conjointement un montant de 150 000$ en vue de l’aménagement d’une aire de rangement destinée aux bateaux. En signant le bail, le club concédait les droit d’exclusivité commerciale aux concessionnaires qui s’installeraient au Port de plaisance de Longueuil et s’engageait à respecter les normes environnementales.

Le grand réaménagement

Pour bien saisir, ce qui avait précédé cette entente, il faut remonter à l’année 1981, alors qu’un comité de réaménagement était mis sur pied après l’écroulement du mur de soutènement du côté ouest du bassin ouest, le lendemain de la mise à l’eau des bateaux. La conséquence de cette catastrophe fut entre autres de diminuer l’espace des quais. Le comité se composait du Dr Jacques Vigeant, d’Yvon Durocher, de Bernard McNamara et de Jacques Letendre.

Des plans de réaménagement furent élaborés, les travaux suivirent. Mais malheureusement, au cours des ans, trois sections du nouveau mur de soutènement s’écroulèrent au fur et à mesure qu’on procédait à l’empierrement. Au milieu de la décennie 1980, la Ville de Longueuil accordait une subvention d’environ 75 000$ pour draguer le bassin est. On a pu ainsi doubler l’espace de quaiage.

En 1987, le commodore Yvon Durocher présentait le plan d’un complexe nautique, résultat de séances de représentants de la ville et du club. Puis Longueuil en avait confié l’étude de faisabilité à la firme Sodem. En 1988, Sogerive devenait le maître d’oeuvre du grand projet d’aménagement des berges de Longueuil. La décision de la ville impliquait le club nautique dans cet élan d’embellissement. Au nombre des neuf administrateurs de Sogerive, une place est réservée au club, qui se fait représenter en janvier 1989 par Jacques Letendre.



Un brise-lames original fut constitué par les membres au printemps de 1989; il était composé d'un millier de pneus reliés les uns aux autres. (Archives Gilles Provost)

Les travaux de dragage de 1985, permettent au club de recevoir 88 bateaux en 1992. L’année précédente une nouvelle catastrophe avait toutefois mis le club à rude épreuve. Une inondation détruisait le terrassement. Encore une fois, la Ville venait à la rescousse du club en versant une subvention de 115 000$ pour empierrer et refaire le terrassement.

Aumônier, égéries et membres à vie

Depuis 1867, les membres des diverses confessions religieuses de Longueuil avaient annuellement reçu les titres de membres honoraires du club nautique, en même temps que les dirigeants civils de la ville. Mais il n’y avait jamais eu d’aumônier officiel.

Le 27 avril 1980, une assemblée générale spéciale décidait de confirmer dans ces fonctions l’abbé Marcel Gauthier, prêtre catholique, membre du club depuis une trentaine d’années. Compositeur de chansons sous le pseudonyme de Jean-Baptiste Purlaine, l’abbé Gauthier était membre de la Société des poètes canadiens français. Il avait pris l’initiative de présider à la prestation de serment du nouveau conseil d’administration, lors de l’assemblée générale du 30 mars précédent. Le 18 avril suivant le conseil lui décernait le titre officiel d’aumônier du club, décision entérinée par l’assemblée spéciale du 27 avril.

Le 23 mars 1986, l’abbé Gauthier présidait pour la dernière fois la prestation de serment d’un conseil d’administration. En effet, le 22 mars 1987, ce fut le commodore honoraire Yvon Durocher qui procéda à l’installation des officiers.

Par ailleurs, le conseil d’administration créait en 1986 un comité féminin des membres, l’Hégérie (sic) sous la présidence de Carmen Couture. Mais après trois ans d’activités, le comité sombrait. L’initiative visait à encourager la participation des épouses. En 1986, le club comptait trois femmes, membres à part entière: Margot Messier, Carmen Couture et Thérése Laliberté. Les cinq femmes membres en 1991 étaient Françoise Auclair-Bonneville, Carmen Couture, Sylvie Babin, Margot Messier et Julie Chabot, membre du conseil d’administration à titre de directrice des communications.

La question des membres à vie revient à l’ordre du jour au cours de la décennie. Un certain nombre fut expulsé le 28 février 1984, parce qu’ils n’avaient pas versé des cotisations spéciales.

À sa réunion du 4 février 1985, le conseil précisait que tout membre exempté de la cotisation ordinaire, à savoir 125$, devait payer la cotisation spéciale s’élevant alors à une quarantaine de dollars. L’assemblée générale de 1982 avait décidé que les membres actifs depuis dix ans âgés de 65 ans et plus, n’auraient pas à débourser pour la cotisation annuelle.

En 1992, le club compte une centaine d’adhérents, répartis en membres à vie, actifs et locataires. Il faut être propriétaire d’un bateau, entre autres conditions, pour entrer au club nautique à titre de membre. La cotisation est de 200$ chaque année, et le droit d’entrée se chiffre à 825$. Une place au quai coûte 25$ le pied. Le budget du club est de 100 000$ annuellement.

Se souvenir

Devenu membre en 1986, Gilles Provost, un navigateur infatigable, fut fasciné par l’ancienneté de l’association, ses traditions et se mit à dépouiller amoureusement les archives, à mettre de l’ordre dans une documentation anarchique, à classer méthodiquement procès-verbaux et correspondances. Il s’y adonna si bien qu’il devint le régistraire, le gardien des valeurs les plus précieuses du club, les matériaux qui racontaient son histoire.

Mais les archives étaient incomplètes. Heureusement, la Société historique du Marigot avait réussi à en sauver une partie, qui avait été conservée par certains membres et dont les héritiers avaient songé à se départir. L’histoire du club pourrait donc être écrite pour les célébrations du 125e anniversaire, en 1992.

L’appel du grand large

Les membres du Club nautique de Longueuil sont les types mêmes de ces citoyens qui ont transformé leur temps de loisirs en aventure sur le fleuve et sur les mers. Tenus d’exercer un métier qu’ils ont choisi pour gagner leur vie, ils s’inscrivent dans un club nautique pour donner à leur rêve la dimension du grand large. La plupart d’entre eux n’atteignent pas l’océan, mais voguent sur le grand fleuve. Leur vie est à l’écoute de la mer, comme l’oreille d’un enfant plaquée contre une coquille.

Au cours des ans, le Club nautique de Longueuil a écrit une histoire qu’une lignée de commodores ardents a su guider à travers vents et marées. Mais la destinée de l’organisme a également reposé sur des membres déterminés. Et les doyens du club ont su maintenir une tradition digne des plus hardis navigateurs d’autrefois.

La Ville de Longueuil ne s’y est pas trompée. Elle a décidé d’appuyer le club nautique de faire concourir à la vision que le nouveau siècle aura de la cité. Son ancienneté, ses traditions se greffent ainsi à l’histoire plus que tricentenaire de Longueuil.

 

 

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